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Wednesday 13 December 2017
 

Allocution Andre Azoulay

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André Azoulay est également Président élu de la Fondation euro-méditerranéenne.

André Azoulay est également Président élu de la Fondation euro-méditerranéenne. Anna Lindh pour le dialogue entre les cultures, basée à Alexandrie en Égypte. Il est aussi membre du Comité des sages pour l’Alliance des civilisations à l'ONU, Président délégué de la Fondation des trois cultures et des trois religions, basée à Séville, Espagne et administrateur du Forum Méditerranéen et du centre Shimon Peres pour la paix. Il est également un des membres fondateurs du C-100 au sein du Forum de Davos, consacré au Dialogue des Civilisations et des Religions.

Je porte l'histoire de mon pays, l'histoire qui ne se réécrit pas en fonction de l'actualité ou des conjectures. Nous avons au Maroc une très belle histoire qui doit résister aux assauts de l'instant et nous devons nous réapproprier la totalité de nos histoires qui sont toutes légitimes. Mais cela ne se décrète pas, c'est une prise de conscience collective et la société civile a un rôle majeur dans ce défi. Nos gouvernants sauront faire aussi bien que possible si la société civile est la sentinelle la plus exigeante, la plus lucide, la plus déterminée à ne plus céder sur aucune des facettes qui sont constitutives de ce qu'est la citoyenneté, la personnalité marocaine, drapée de toutes ses diversités, ses différences, par ce creuset qui aura toujours su faire converger plutôt que diverger nos spiritualités. J'ai développé un plaidoyer qui vient d'une profondeur dans le temps qui n'est pas ordinaire.

Ce que je suis, a existé au Maroc, un millénaire avant que la civilisation arabe ne vienne enrichir le Maroc. C'est l'histoire, irréfragable avec ses pierres tombales juives écrites en hébreu qui datent de sept, huit siècles avant J.C. et qui se sont trouvées au Maroc pas loin de la région de l'Oriental.

C'est une belle et grande histoire, pierre fondatrice de cette universalité marocaine que beaucoup d'autres villes marocaines pourraient revendiquer. Cette histoire a été négligée suffisamment longtemps, au point où la cité s'est installée dans une situation de crise profonde. Un philosophe français amoureux de la ville qui avait la chaire de philosophie à la Sorbonne, décédé récemment, Georges Lapassade, avait installé dans les années 70 une immense pancarte à 6 km de la ville où l'on pouvait lire «Essaouira, ville à vendre ». Ce geste montrait à quel point il était désespéré par la marginalisation de la ville, morceau d'une belle et grande histoire. Cela a eu l'effet d'un électrochoc, mon épouse, qui est souirie, a écrit avec deux de ses amies un premier ouvrage en 1989 et un deuxième quelques années plus tard qui ont eu un grand succès.

C'était un cri de cœur qui appelait au réveil des Souiris. J'ai eu la chance d'être nommé peu après Conseiller de Sa Majesté et cette conjonction de circonstances a fait que nous avions décidé de redonner une chance à notre ville. Nous l'avons fait à partir de critères modestes, qui nous permettaient d'y faire appel sans avoir besoin de personne, car c'était de notre patrimoine, de notre histoire qu'il s'agissait. Il fallait faire partager cette ville au plus grand monde, essayer de trouver les moyens, les ressources pour que l'histoire de la ville intéresse et aider à faire ressusciter la ville.

Le patrimoine, ce n'est pas seulement de vieilles pierres muettes, mais des pierres qui ont de très belles histoires à nous raconter et qu'il fallait faire parler. Ces vieilles pierres ont vécu de belles choses dans la rencontre, dans la convergence entre le judaïsme, l'islam et la grande civilisation berbère, point de jonction entre les Hakkas et les Chiadmas avec au milieu une médina, une ville dessinée par le Roi Mohamed Benabdellah III. Cela nous a beaucoup aidés pour qu'Essaouira soit classée au patrimoine mondial universel, grâce aussi à toute l'aide apportée par notre ambassadrice, Mme Bennani. Aujourd'hui, Figuig peut reconstituer les morceaux du puzzle de son histoire.

Figuig sera inscrite au patrimoine universel, elle enrichira la civilisation universelle, car cela fonctionne dans les deux sens : on donne, on nous apporte et on se rencontre ! Le judaïsme et l'islam pourront alors se rencontrer dans des notions de liberté, de respect, de dignité pour tous. Nous ne sommes pas juifs ou musulmans par le sang mais, par ce que nous avons dans la tête et par l'usage et que nous en faisons ! On a utilisé toutes nos cultures quand on a créé le festival Gnaoua et musique du monde qui est le Maroc de la modernité du mouvement, de la référence, de la fusion ! C'est cela la leçon d'Essaouira comme le soulignait le philosophe Edgar Morin qui s'est engagé à la porter le plus loin possible !
Le festival des Andalousie de l'Atlantique est le seul au monde à mettre sur scène Imams et rabbins, musiciens juifs et musulmans qui mettent en scène notre patrimoine du Maatrouz, du brodé ou un envers est en arabe et l'autre en hébreu ! Aucun pays au monde ne dispose d'un tel patrimoine musical qui fait référence à l'héritage andalou !

Par Farida Moha